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Chroniques d'un catho ordinaire

Reflexions et partages d'articles sur la sphère catholique

Shabbat ?

Publié le 30 Octobre 2015 par Yo

«L’institution du Shabbat est la contribution la plus importante du judaïsme à l’humanité » (1). Cette affirmation du philosophe juif Benjamin Gross (1925-2015) est à repenser à nouveaux frais dans le cadre du capitalisme intégré. « Time is not money », voilà ce qu’affirme avec force le repos sabbatique, imposant une limite précisément à ce qui n’en a par soi-même pas – la croissance économique ou plutôt chrématistique, dynamique de l’accumulation sans fin dénoncée par Aristote. Le sabbat (ou le dimanche) rappelle que l’homme ne se réduit pas à n’être qu’un « animal laborans », un producteur asservi à la nécessité du travail : « Vous ne ferez aucun travail. » Le sabbat affirme la liberté de l’homme vis-à-vis de la nécessité économique, liberté qui s’affirme dans le repos. Comme le dit Gross avec la tradition juive : « Que manquait-il au monde ? Le repos. Avec le Shabbat, le repos est introduit dans le rythme de la nature. »

Institution culturelle au plus haut point, le sabbat est aussi le moment du retour de l’homme dans la nature, un rappel et une préfiguration de la condition édénique et paradisiaque – symbolisée par l’interdiction d’allumer du feu ce jour-là, le feu étant le signe central de la condition technique de l’humanité : l’homme ne se réduit pas non plus à être un « homo faber », un fabricateur qui transforme la Création en monde humain. De plus, l’interdiction hebdomadaire du travail comporte également celle de faire travailler, aussi bien les humains que les animaux, et implique la cessation de toute exploitation – de l’humanité comme de la nature.

Ce rétablissement de l’égalité de toute créature et de la dignité de toute la Création devant le Créateur incite à l’humilité, à la limitation de toute volonté de puissance, et invite à l’établissement d’une vie sociale conforme à la justice. L’institution biblique de l’année sabbatique, tous les sept ans, et de l’année jubilaire, tous les cinquante ans, incarne cette exigence de justice à l’égard des hommes mais aussi de toutes les créatures : mise en friche des cultures, libération des esclaves, redistribution des terres, annulation des dettes – égalisation des conditions, remise à zéro, à neuf, nouveau départ de toute la société et même, autant que faire se peut, de toute la Création – quasi recréation. Au désert, le sabbat est sanctifié par le don de la manne, nourriture sabbatique dont le principe est que personne ne manque et que personne n’amasse – les deux étant intimement lié. La révolution sabbatique, profondément égalitaire et écologique dans ses implications, est porteuse de l’espérance messianique du huitième jour de rédemption universelle, « jour entièrement Shabbat et repos pour une vie du monde qui vient ».

(1) Benjamin Gross, Shabbat, Édition de l'Éclat, 2015, 166 pages, 12 €.

Source : Falk van Gaver, La Nef N°274 d'octobre 2015

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